Par l'équipe de Ségolène Royal

La chronique Intox / Désintox du quotidien Libération s’attaque aux déclarations de Ségolène Royal sur la taxe carbone, prononcées lors de l’émission « A vous de juger ». Les mots sont durs. « Poujadisme », « démagogie ». Des mots destinés à discréditer, à disqualifier, et plus si affinité…

Surtout, voilà un article qui masque son parti pris et sa partialité derrière une fausse objectivité. Derrière ses chiffres. Heureusement que l’ « expert » - qu’aurions-nous fait sans lui ? – est convoqué à la barre. Nous autres pauvres idiots ne savions pas, nous n’avions rien compris.

- « Mais enfin mon bon monsieur, tout le produit de la taxe était destiné à être remboursé, regardez..." « Il était prévu, que soit donnée aux ménages une somme forfaitaire, afin de ne pas les pénaliser. La loi prévoyait que soient versés en compensation 46 euros par adulte, une somme portée à 61 euros pour les habitants de zones non intégrées à un périmètre de transport urbain. A quoi s’ajoutaient 10 euros par personne à charge. »

- « Ah mais alors ça change tout… Tout va bien. Je signe tout de suite. Je la veux moi alors cette taxe carbone… »

Un peu de sérieux.

S’agissant de fiscalité, les citoyens sont en droit d’attendre justice, transparence et simplicité. Il aurait été bon que l’article mentionne ces principes politiques au cœur, et ce depuis des siècles, de toute démocratie digne de ce nom. Une exigence démagogique l’attente de simplicité ? Non la première pierre d’une justice fiscale allègrement foulée aux pieds ces dernières années.

Quelques technocrates au cerveau fertile nous proposent de payer d’abord pour être remboursés ensuite. La bonne affaire ! Mais alors pourquoi payer ? De deux choses l’une : soit on est remboursé intégralement et donc à quoi bon une taxe ? Soit on ne l’est pas et alors il y a baleine sous gravillon... En tout cas de quoi être légitimement suspicieux !

Allez, faisons une expérience de pensée, et admettons que l’intégralité du produit de la taxe ait été reversée aux Français. C’est une hypothèse dont rien ne permet de dire qu’elle aurait été tenue, mais admettons. Le remboursement étant peu ou prou forfaitaire, même en tenant compte des différences villes / campagnes, tout laisse penser que les familles les plus fragiles, dans les zones rurales en particulier, auraient payé plus qu’elles n’auraient reçu.

Ajoutons que ce remboursement, sous forme de crédit d’impôt ou de chèque vert aurait été allègrement « mangé » par la hausse du prix du gaz, qui, avec 10% de plus le kilowattheure, atteint cette année des records d'indécence. Mais évidemment, cela ne concerne pas le débat sur la taxe carbone…

Pour finir, l’auteur de l’article ferait bien de s’interroger sur les multiples contradictions qui ont émaillé les éléments de langage assénés par la droite pendant des mois. Voilà ce que nous disait Nicolas Sarkozy en septembre 2009 : « la France doit maintenant renforcer les prélèvements qui pèsent sur les activités polluantes et alléger d'autant les impôts qui pèsent sur la production et sur le travail ». Intention louable. Mais là aussi il fallait choisi : soit la taxe était intégralement reversée aux contribuables, comme cela nous était dit par ailleurs ; soit elle servait aussi à financer des dépenses fiscales. Mais pas les deux.

N’en déplaise aux amateurs de mécanos fiscaux, la taxe carbone était bien une usine à gaz. Et malheureusement, les usines à gaz ne sont pas souhaitables quand on touche à l’impôt, trop d’injustices se cachant sous des abords rassurants. Que voulez-vous ? Chat  échaudé craint l’eau froide dit le proverbe ! Ségolène Royal, elle, a toujours été claire : oui à une fiscalité verte, sous forme de bonus/malus par exemple, à condition que les contribuables aient une liberté de choix et puissent effectivement modifier leur comportement sans être pénalisés. Ce n’est pas du poujadisme. C’est la social-écologie que nous appelons de nos vœux./